Michael Jinkins (Letters to New Pastors) cite cette petite histoire de George MacLeod (qui fut le fondateur de la communauté d’Iona) : Suite au naufrage de son bateau, un marin se retrouve tout seul sur une île tropicale. Lorsque l’on vient enfin à son secours, bien des années plus tard, il fait visiter son île à ses sauveteurs. Il leur montre le camp qu’il s’est construit, la cabane dont il a fait sa demeure et, pas très loin, sa propre petite église, lieu de son culte hebdomadaire. Plus tard, alors que le groupe parcoure une autre partie de l’île, tous ont la surprise de découvrir un autre édifice, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’église du naufragé. « Qu’est-ce que c’est, lui demandent-ils, ça ressemble à une église… » « C’est une église, répond-il, l’église à laquelle je ne vais pas. »

Il n’est pas rare que l’Église se définisse par ce qu’elle n’est pas, ou qu’elle se positionne par opposition à quelque chose d’autre, souvent quelque chose de ressemblant. Dans la pratique, il arrive aussi qu’elle prenne des décisions, dans les petites choses ou dans les grandes, par contraste avec ce que font ceux qu’elle n’est pas. Ce n’est pas anormal lorsqu’un groupe construit son identité (voir l’étude de Sébastien Fath sur la construction de l’identité baptiste en France). Mais lorsque la situation est « stabilisée », ne peut-on pas imaginer une Église qui se définisse positivement, par ce qui fait son centre, plutôt que par ce qu’elle n’est pas ? Je constate qu’en 1 Corinthiens, par exemple, même si la question de ce qui n'est pas l’Église se pose dans certains cas extrêmes, la question première et fondamentale est autre : qu’est-ce qui fait le cœur de la vie et du fonctionnement de l’Église ? Pour Paul en 1 Corinthiens : Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.