J'apprends ce matin le décès de John Stott, figure majeure (de mon point de vue: la figure majeure) du protestantisme évangélique du 20e siècle.
John Stott, théologien, pasteur et évangéliste anglican, anglais, représente ce que le protestantisme évangélique pouvait faire de meilleur: une foi réfléchie, équilibrée, profondément attachée au christianisme historique; un ancrage paroissial accompagné d'une vision mondiale du mouvement évangélique; un pasteur-évangéliste généraliste, travaillant au développement du ministère des autres et non du sien.
Le portrait peut paraître exagéré, mais la remarquable biographie de John Stott en 2 volumes (The Making of a Leader, de Timothy Dudley Smith) montre à quel point son histoire se confond avec celle du mouvement évangélique du 20e siècle.
- Théologien : Mais bibliste d'abord, car prédicateur. Et remarquable prédicateur, que j'ai eu l'occasion d'entendre quelques fois dans son église All Souls du centre de Londres. Une prédication proche du texte biblique, dont on trouve les fruits dans la collection de commentaires The Bible Speaks Today. Un théologien qui ne se situait pas sur le créneau des spécialistes mais plutôt des vulgarisateurs, visant à mobiliser la réflexion des auditeurs, comme le montre de façon toute particulière son livre La croix du Christ.
- Pasteur : Pasteur d'une paroisse locale pendant toute sa carrière, malgré des engagements internationaux de grande ampleur et la possibilité de "monter en grade" dans l'Eglise. On peut supposer que cet ancrage local explique, au moins en partie, son style accessible, ses travaux liés à la vie chrétienne dans le monde et son intérêt pour une vulgarisation intelligente. Sa paroisse était une paroisse anglicane classique, traditionnellement évangélique depuis longtemps (et qui l'est toujours), bien située pour ceux qui apprécient les Eglises urbaines... Au début de son ministère, Stott est connu pour avoir maintenu le choix de son attachement à l'Eglise anglicane, malgré son pluralisme théologique, à une époque où d'autres évangéliques se sont prononcés pour l'appartenance à des dénominations strictement évangéliques. La présence évangélique dans l'Eglise anglicane est d'ailleurs aujourd'hui sans comparaison avec ce qu'elle était à l'époque.
- Evangéliste : Au sens où sa prédication lui permettait de dire l'Evangile d'une manière compréhensible, et surtout à cause de son rôle lors des grands congrès de Lausanne pour l'évangélisation du monde. Il fut l'architecte de la Déclaration de Lausanne, texte majeur du protestantisme évangélique moderne, et contribua à la rédaction du Manifeste de Manille. L'existence même de ces congrès doit beaucoup à la capacité de rassemblement de Billy Graham et de John Stott. L'évangélisation, pour Stott, était compatible avec l'action sociale et la réflexion éthique, comme le montrent ses livres sur les "défis de la vie moderne" (Le chrétien et les défis de la vie moderne). La Déclaration de Lausanne, d'ailleurs, puis les textes qui en sont issus, mettent en avant à la fois une évangélisation de proclamation et une action chrétienne dans le monde, d'une manière qui venait alors clore les débats sur ce sujet qui avaient agité le monde évangélique.
Des ses nombreux écrits, on peut retenir une approche évangélique ouverte, en dialogue avec le monde et avec les autres théologies, sans crispation. Son petit livre sur l'équilibre de la foi, Pour une foi équilibrée, est représentatif d'autres ouvrages dans lesquels il cherche à défendre un "simple christianisme" (Basic Christianity) historique, non seulement face aux courants libéraux mais aussi face aux modes qui ne cessent de traverser le protestantisme évangélique et face à certains de ses courants.
John Stott laisse derrière lui une "fondation" qui travaille, depuis des années déjà, au développement de la formation théologique dans ce qu'on appelle aujourd'hui le "Sud", en offrant des bourses d'étude pour des doctorants des pays concernés.
Le journal La Croix se demandait il y a quelques mois qui sont les évangéliques les plus influents. Il est évident que ce ne sont pas d'abord les pasteurs de méga-Eglises, trop dépendants des modes ou courants transitoires qui ont permis le développement de leur activité. En revanche, on peut penser que John Stott, par ses livres, ses rapports internationaux, la Déclaration de Lausanne, sa participation au développement de la théologie sur d'autres continents, etc., fut véritablement l'homme d'une influence qui ne s'exerça pas en faveur de son propre travail mais du développement d'un mouvement global, attaché à la Bible et à l'Evangile.